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Les
origines sont toujours obscures, c’est une phrase bien connue, mais ce qui est clair, c’est notre nom.

Appeler
Chablis " Porte d’or de la Bourgogne " ne veut pas seulement dire le premier arrêt d’un circuit touristique prometteur, mais aussi rappeler qu’elle fut la porte éclaboussée de sang d’une région de luttes séculaires.

Avant les romains, les peuplades gauloises rivalisaient entre elles, et les Senons, Lingons, Eduens venus de sens, Langres et Autun se battaient dans notre vallée qui vit ensuite déferle les vagues successives des invasions barbares. Parmi eux les Burgondes apprécièrent le pays, s’y fixèrent, et le premier royaume de Bourgogne, sous les Mérovingiens, avait sa frontière qui passait entre Préhy et Chablis. C’est sous les
Carolingiens qu’un évêque d’Auxerre, Savarik, conquiert le Tonnerrois et pousse même jusqu’à Lyon.

Puis vinrent les Normands et plus tard les Armagnacs, les Anglais, enfin les protestants et les ligueurs, et chaque fois ruines et désolation, mais nos aïeux ont su reconstruire avec obstination ce pays où nous aimons retrouver les traces de son passé.
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Les
Normands ravageaient les côtes du royaume de Charlemagne : déjà plusieurs fois les moines de Tours avaient dû fuir avec les reliques de leur patron, celui qui avait été l’apôtre de la Gaule et que les rois Carolingiens avaient en dévotion, le grand Saint Martin.
Pépin le Bref, malade, était venu prier sur son tombeau.
Charlemagne avait enterré sa première femme dans sa basilique, et Charles le Chauve, sept fois était allé à Tours et y passa en 843, 844 et 845 les fêtes de Noël.

Menacés dés 853,
les moines avaient fui la touraine puis étaient revenus et trois fois encore étaient repartis avec leur insigne fardeau à Orléans, à Léré, près de Cosne, puis à Marsat, en Auvergne. Comme
le roi était venu à Auxerre y passer les fêtes de Noël 867 dans la célèbre abbaye de Saint Germain, l’abbé de Tours, Hugo, cousin du roi, vint le supplier d’avoir pitié de son errance et le 27 décembre 867, Charles le Chauve, touché de compassion, fait Don au chapitre de Tours de la cella (petit village) de Chablis et du monastère dédié à Saint, que possédait le domaine royal dans le tonnerrois, sur le Serein, ainsi que toutes ses dépendances.

Cette donation dûment enregistrée fut plusieurs fois confirmée par trois chartes du même roi et par trois autres de Charles le Simple.

Et dix ans après,
Chablis accueillait les cendres de saint Martin "réfugié " et gardait ce précieux dépôt durant dix ans, de 877, année où mourrait Charles le Chauve, à 887, date de l’élection d’Eudes, fils de Robert le Fort.
Saint Loup, que l’on appelait au Moyen-Age saint Leu, était évêque de Sens quant il mourut à Brienon en 623, en odeur de sainteté.

Aux V ème et VII ème siècles de nombreux monastères avaient déjà été fondés dans notre région. Citons Moutiers Saint Jean en 475, Saint Germain d’Auxerre en 508, Saint Pierre le Vif à Sens en 550 puis Sainte Colombe en 610 et Sainte Bénigne à Dijon en 536.

Mais le partage de l’empire de
Charlemagne et l’anarchie qui régna à la fin des Carolingiens amenèrent une décadence dans beaucoup de ces fondations, avant que le règne de Saint Benoît soit venu d’Italie pour les revivifier. Nous pouvons penser que le petit monastère de
Chablis, dédié à Saint Loup, avait peu de rayonnement quand le roi en fit don aux tourangeaux.

L’étude de la configuration du sol incite à le placer sur la petite éminence où se dresse maintenant
l’église Saint Martin, mais seulement des fouilles pourraient confirmer ces hypothèses.
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Après
l’installation définitive des Vikings en Normandie le calme était revenu au pays des francs. L’abbé de Tours, de retour aux bords de Loire, avait gardé le nom d’abbé de Tours et de
Chablis. C’était une puissance du royaume, car il dépendait de la cour de Rome sans aucun intermédiaire et disposait des abondantes ressources que lui procuraient toutes les anciennes donations royales.

L’ancien monastère de
Chablis était devenu une Collégiale et son prévôt, Hugues de Merliniac (c’est à dire de Maligny) fit alors projet de remplacer l’antique sanctuaire consacré à Saint Loup par un nouveau monument qui serait dédié au grand Saint Martin, protecteur des Gaules, dont
Chablis avait abrité la vénérable châsse pendant dix ans contre la convoitise des Normands.

La cathédrale de
Sens, premier monument gothique de France, conçue par l’architecte Guillaume, venait d’être terminée en 1143 et avait reçu, sans attendre son achèvement, le concile de 1140. Le projet de
Chablis, approuvé par Tours, fut commencé en 1160 et mené sans interruption grâce aux subsides qui parvenaient régulièrement de Touraine, permettant ainsi à ses architectes de lui garder l’admirable unité et la pureté qui en fait toute la valeur.

Notre collégiale, copie en réduction de la cathédrale de
Sens, s’inscrit parmi les plus anciens monuments gothiques, comme sa voisine, l’abbaye de Pontigny, commencée la même année. Il est bon à ce sujet de rappeler que la cathédrale de Cantorbery date de 1175 et que celles d’Auxerre, de Reims et d’Amiens sont de 1215, 1217 et 1220.

C’était l’époque où les
puissants archevêques de Sens avaient sept suffrageants : Chartres, Auxerre, Meaux, Paris, Orléans, Nevers et Troyes, diocèses dont les initiales formaient le mot C.A.M.P.O.N.T. A partir de Louis XIV, Paris leur fut retiré et depuis 1821 ils n’eurent plus que Troyes, Nevers et Moulins.
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Les rois de France, tout en abandonnant aux moines de Tours les droits qu’ils possédaient sur
Chablis, en avaient gardé l’Advouerie, c’est à dire la charge de protéger le monastère et ses biens contre toute insulte ou attaque.

Au XV ème siècle, les comtes de Champagne remplacèrent le roi dans cette charge. Occupé à guerroyer, le comte Henri 1er, ne pouvant remplir les conditions d’advoué, en délégua la charge en 1151 à Anséric de Montréal, sans toutefois consulter le chapitre. Quand celui-ci en fut informé, il protesta à Troyes en envoyant le prévôt Maurice et deux chanoines, mais Henri maintint sa décision qui fut enregistrée dans un cartulaire.

A cette époque les privilèges du protecteur de
Saint Martin étaient considérables et nous lisons en 1140 :
"1° Le ban du vin (vendange) est partagé par moitié avec le chapitre. 2° La justice et les amendes à l’intérieur des fossés de la ville lui reviennent par moitié. 3° Le protecteur reçoit les droits dits échoites (succession sans héritiers directs) et tout ce qui n’est pas amendable à Saint Martin. la propriété du manoir (Donjon) et des maisons voisines dans le bourg. 4° Il y a quatre sergents de ville qui ne sont justiciables que de sa cour". Anséric, qui était puissant et tyrannique, inféoda l’advoirie de
Chablis au comte de Nevers, seigneur de Noyers. Mais ce fief était qualifié de danger et non de profit, étant situé sur les frontières et le seigneur ne retirant pas de cette charge les sommes qu’il devait à Anséric, s’en pris au chapitre de saint Martin en ravageant ses vignes et imposant directement les habitants. Sur la plainte du Majeur, Stéphane Wouthard, le roi Louis VII (1137-1180), dut menacer le sire de Noyers qui arrêta ses exactions.

Cependant quand
Miles de Noyers partit de Vézelay pour la deuxième croisade en 1147, les habitants sans rancune lui firent un don bénévole de 500 livres.

Par contre, en 1204, revenant sans un sou vaillant de la quatrième croisade, son successeur voulut "faire valoir " sa viguerie de Chablis et le chapitre eut recours à Monseigneur de Langres qui obtint du roi Philippe Auguste un nouveau règlement écrit des pouvoirs respectifs du prévôt du chapitre et de son viguier (ou advoué), le Sire de Noyers.

Jeanne, comtesse
de Champagne, avait épousé en 1274 le dauphin, futur Philippe le Bel, et de ce fait l’advoirie de Chablis revint à la couronne de France, mais pendant encore longtemps les prévôts de
Chablis furent des champenois, tels les frères Sabelli, qui étaient les petits-neveux du pape Urbain IV.

Miles VI, dit le grand Miles, ou Milon, s’était illustré à la bataille du Mont Casssel contre les Flamands et avait sauvé l’étendard royal à Crécy contre les Anglais. Fort de son influence à la Cour il s’arrogea, au détriment des anciennes chartes royales, les revenus de la moitié de la justice de
Chablis malgré les nouvelles réclamations du chapitre. Comme le roi Philippe VI, le premier des Valois, ne voulait pas soutenir le chapitre, celui-ci céda et signa en 1336 un traité qui consacrait l’acte de force du seigneur protecteur contre
Saint Martin. Il n’y eut plus dés lors qu’un tribunal, un juge et un sceau communs. Celui-ci portait d’un côté les armes de Noyers (aigle sur fond azur) et de l’autre celles de Sain Martin. Miles VI se trouva ainsi devenir le véritable seigneur de Chablis en dépit de la charte fondamentale de 867. Il mourut en 1361.

Miles VIII fut fait
prisonnier par les anglais à Brion-sur-Ource et en 1362 les habitants de
Chablis payèrent à Londres, en l’église Saint Thomas, une partie de la rançon de l’advoué, ont le total s’élevait à 7000 mailles d’or. ;

En 1367, Miles VIII étant mort sans enfants, les privilèges de la maison de Noyers furent mis en adjudication : il y avait deux concurrents,
le bailli de Sens, au nom du roi Charles V, et le trésorier de Saint Martin. Le roi l’emporta avec un prix énorme et Chablis fut de nouveau réuni directement au domaine royal. Elle devint Ville Royale.

Sur les armes
les fleurs de Lys remplacèrent l’aigle de noyers et tous les attributs de la suzeraineté furent partagés entre le roi et Saint Martin.

Pour augmenter sa popularité, Charles V,
nouveau seigneur de Chablis, accorda aux habitants la perception d’un droit de jauge sur les marchands de vin et en 1387 Charles VI le leur confirma malgré l’opposition des jaugeurs d’Auxerre à qui elle était versée auparavant.

Dans les siècles suivants, il n’y eut plus dans notre ville d’autres seigneurs que le Chapitre de
saint Martin et le Roy de France.

Puis en 1641 ces privilèges et droits seigneuriaux (demi droit de justice, demi droit de minage etc.) ayant bien diminué, le roi les vendit pour 700 livres au prince de condé qui devint "Engagiste pour le roi du domaine de Chablis ". Ce sont ces droits que Chamon de Chessimont rachètera au 18ème siècle à
mademoiselle de Charolais.
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Le premier acte dans lequel apparaît le nom du
Maire, Maieur, date de 1151. C’est un cartulaire confirmant que le comte Henri 1er de Champagne a cédé son advouerie de Chablis au seigneur Anséric de Montréal. Ce maire n’était encore qu’un magistrat de police, nommé par le chapitre de
Tours, veillant aux intérêts matériels de la Collégiale et faisant exécuter les ordres du prévôt. Le commerce des vins amenait la richesse à notre cité et les somptueux tournois attiraient seigneurs et manants de toute la région. Ainsi nos habitants nouaient des relations avec ceux des villes voisines et suivaient leurs luttes
contre l’oppression féodale.

Dés 1146 Louis VII avait accordé aux
bourgeois de Sens une charte qui leur avait été supprimée toutefois trois ans après, et en 1223 Mathilde de Courtenay avait octroyé aux habitants d’Auxerre leur première charte d’affranchissement.

A Chablis quelques signes de rébellion s’étaient fait jour en 1216. Au cours d’un sermon sur le thème de l’Epître de Saint Pierre
"esclaves soyez soumis ", un manant, Laurent Vautrouillé, avait répondu de son banc : " Dieu élèvera les humbles ! ". Pris de peur, le chapitre confia la prévôté à un chantre de Tours, Guillaume de la Chapelle, connu pour son énergie, et Vautrouillé fut mis au pilori. Puis Guillaume signa avec Guy de Montréal, quatrième fils et héritier d’Anséric, le rachat pour 2000 livres des rentes et de l’hommage que les Montréal avaient à Chablis sur les Sires de Noyers, ce qui renforça les pouvoirs du prévôt devenu, en fait, le seul seigneur.

Guillaume se retira à Tours en 1218 et son successeur Odart, homme faible, eut à faire face à une révolte des femmes refusant de cuire au four banal leurs pains et leurs gâteaux sur lequel le prévôt prélevait le quinzième. Le chapitre ne voulant pas recourir à la force armée pour récupérer ses recettes, prescrivit aux moulins de ne plus moudre qu’au prix d’une pinte de farine par boisseau de grains. Les habitants s’adressèrent alors aux meuniers des environs, mais le prévôt leur fit défense d’entrer en ville sous peine de confiscation de leurs ânes ou chevaux.

Alors
la révolte éclate et aux cris de "commune, commune ", les habitants, réunis sur la place de la
Collégiale Saint Martin, jurent de se défendre les uns les autres, élisent dix échevins et un bourgmestre, Garnier Bernier. Puis ils abolissent les dîmes et pour comble déclarent que le chapitre sera Lige de la commune !

Philippe Auguste alerté par le chapitre, comme tuteur du comte de champagne, envoya 50 hommes armés qui jetèrent en prison Garnier Bernier ; mais le roi respecta le titre de commune et laissa subsister
trois échevins et certaines franchises. La confusion des pouvoirs amena de nouvelles difficultés et du fond de sa prison Garnier Bernier écrivit au roi pour demander : 1° sa liberté ; 2° la suppression du droit de tourteaux ; 3° l’annulation du vinier de la clamentèle et de la possession par le prévôt de la carrière du Pâtis, etc…
Après plaidoirie devant trois arbitres, la sentence rendue en 1219 fut favorable à la commune. Le comte de Champagne ne la ratifia qu’en 1223 et le pauvre Garnier Bernier ne fut libéré qu’en 1226. Comme faible et tardive consolation une ruelle portait son nom ; elle a été détruite au
bombardement de 1940.

En 1257, pour obtenir leur liberté, trente-neuf habitants, restés serfs, s’engagèrent par-devant l’évêque de langres à payer à Provins, au chapitre de
Saint Martin de Tours et au prévôt de chablis la somme de 3200 livres, en 6 ans ou en une fois, à leur choix.

Ce n’est qu’en 1290 que Philippe le bel délivra les habitants de la main morte, c’est à dire de l’état de servage qui les empêchait de disposer librement de leurs biens.

Peu à peu, chaque fois que la mauvaise gestion de ses prévôts l’y obligeait, le chapitre cédait quelques prérogatives aux manants dont les servitudes allèrent en s’allégeant jusqu’à ce que leur ville fit retour à la monarchie en 1367.

L’administration communale comportait 3 ou 4 échevins élus par les habitants et présidés par le bailli royal et seigneurial (prévôt royal) qui faisait fonction de maire.

Cette assemblée se réunissait à l’auditoire. Un édit signé de Louis XIV en 1692 supprima les magistrats élus et le premier maire perpétuel nommé par le chapitre fut feuillebois mais son autorité était souvent en lutte avec celle des deux prévôts.

A partir de 1764 le maire perpétuel fut nommé par le roi et les notables, eux-mêmes élus par les habitants tous les deux ans, nommaient 2 échevins, un procureur-syndic et un secrétaire.

La constitution de l’an III supprima les maires et c’est après
la révolution que l’administration pris sa forme actuelle.

Citons parmi les maires de chablis :
1151 : Stéphane Wouthard
1218 : Garnier Bernier
1692 : Feuillebois, 1er maire perpétuel
1765 : Jean-Fr. Feuillebois
1782-1790 : Pierre Grisard (dernier maire nommé par le roi)
1791 : Chapotin de la Jonchère
1793 : C. Poulain
An VIII à 1807 : Pierre Edme de Cheron
1807-1815 : Rampont
1815-1830 : Pierre Edme de Cheron
1830 : Rampont
1850-1852 : Alexandre de Cheron
1870 : Jules Rathier
1881-1904 : Jules Folliot
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Chablis avait déjà vu élever dés le 10ème siècle dans la ville basse, par le comte de Champagne, un fort, ou claustrum, auquel le Sire de Noyers ajouta une tour appelée le donjon, puis, vers 1370, une belle tour carrée, isolée, dite Tour de Noyers et ensuite tour du Roy, qui servit de logis au prévôt royal et de prison.

A la même époque les moines de
Saint Cosme avaient construit la tour de leur prieuré, ou moustier, tandis qu’une ceinture de murs de 1m18 d’épaisseur, avec des tours rondes, protégeait la ville haite et l’église Saint Pierre. Ces fortifications primitives possédaient quatre portes (Valvan, Vaucharmes, Chichée, Hôtel-Dieu) et une poterne dite Ravier.

Mais au début du XV ème siècle le nombre des habitants avait augmanté, surtout dans la ville basse, des maisons se construisirent autour de
Saint Martin et comme les fortifications existantes ne pouvaient protéger que le cinquième de la population, la ville sentait le besoin de se défendre contre tous les dangers extérieurs.

C’était le temps des grandes compagnies, bandes armées parcourant les campagnes, molestant paysans dans les fermes et bourgeois dans les villes.

En 1403 les échevins présentèrent une supplique au roi et au chapitre de Saint Martin de Tours pour clore et fortifier leur ville.

Charles VI était déjà fou, mais le régent, pour rallier à son parti une ville que convoitait le parti bourguignon, octroya non seulement l’autorisation de construire, mais encore le droit de vendre le dixième des vins récoltés pendant 8 ans et la moitié des maisons appartenant au roi et au chapitre et situées dans l’enceinte à protéger.

De son côté le chapitre de Tours envoya en 1405 son consentement officiel avec la faculté aux habitants de prélever pendant 8 ans également 150 livres sur les revenus de leurs terres, ferme et Obédiencerie de
Chablis, ainsi que la vente du dixième des vins récoltés par le chapitre.

Restait à tracer la nouvelle enceinte : englober les deux parties de la ville avec Saint Pierre et Saint Martin conduisait à une longueur de murs impossible à défendre. Il fallut choisir et les habitants de chaque quartier plaidant pour le sien, le bailli de Sens convoqua un véritable lit de justice qui conclut ainsi :
"il était chose plus convenable, aisée et moins coûteuse de clore et fossoyer la partie de la commune qui renfermait Saint Martin, la Collégiale, le Prytanée, la halle, la boucherie et le grand four banal, de préférence à celle où se trouvaient Saint Pierre Saint Charlemagne, Saint Cosme, les écoles et le Petit Pontigny. Du reste les anciens murs de la ville haute présentaient une trop grande longueur et pas assez de solidité. "

L’affaire était tranchée, on réunit les fonds : la vente des biens royaux produisit 4.277 livres. Il fallait faire vite,
le roi de France était battu à Azincourt et le Duc de Bourgogne s’emparant de Paris y provoquait le massacre les Mailotins. La construction avança rapidement grâce à l’enthousiasme général et en 1421, 16 ans après, l’ouvrage était terminé.

Le mur d’enceinte avait 1m50 d’épaisseur, 8 m de haut, les fossés 10 m de large : on comptait 29 tours, 3 portes principales aux sorties vers Auxerre, Avallon et Tonnerre, les portes Rabut, Noël et du Pont, cette dernière munie d’un pont-levis sur la rivière. Trois poternes : Poterne au maître, au bout de la rue des Moulins, Poterne Chenneton, dans l’île, et Poterne Saint Laurent, quai Voltaire. Enfin, deux passages avec herse sur le bief.

On peut juger de ce travail sur les vues de
Chablis que nous possédons, l’une dessinée par Joachim Duviert en 1610 et l’autre par Israël Sylvestre en 1650 et aussi par le plan des archives nationales (plan Trudaine) daté de 1760. Sur ce dernier, on voit toutes les tours carrées de la ville basse ainsi que des fractions Ouest et Sud des remparts du faubourg avec leurs tours rondes, le reste ayant disparu après
l’assaut des protestants en 1568.

En 1751
les murailles étaient en bien mauvais état et le devis de la restauration trop élevé pour les finances locales. Leur désaffection fut décidée peu après. Chamon de Chessimont abattit la tour du Roi en 1760.
Les habitants ouvrirent des brèches pour faciliter la sortie dans les champs et certains installèrent des jardins dans les fossés. Des tilleuls furent plantés sur le glacis pour ombrager les nouveaux boulevards.

En 1852 l’historien Duband écrivait que seuls subsistaient quelques lambeaux de remparts et qu’à la place des deux tours de la porte d’Auxerre qui portaient autrefois la Salamandre de François 1er, on avait déjà construit deux pavillons bourgeois.

De nos jours les seuls vestiges qui restant de cet important ensemble sont les trois tours situées dans l’île de la poterne : tourelle Mireau d’Aval, près du pont, poterne Chenneton et tour du moulin de la porte. Puis à la sortie de la ville vers
Avallon, les deux tours Noël reconstruitent en 1775 à la place des anciennes tours. Dans l
es petits jardins blottis au creux des fossés on peut voir, deci-delà, quelques fragments de murailles enfouies dans la verdure.
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La cure de
Chablis appertenait au Pagus (canton ou doyenneté) de Tonnerre qui lui-même fut tour à tour du royaume (613), puis du duché de bourgogne (877). Il passa au comté de Nevers en 1085 pour apparenir ensuite comme archidiaconé au très ancien et très vaste diocèse de Langres jusqu’à la révolution.

Nos curés étaient nommés par le prévôt du chapitre de Saint Martin de
Chablis et dans la liste de ces prêtres on relève souvent le nom d’un chanoine de Saint Martin.

A partir du 17ème siècle le chapitre abandonne à l’évêque de Langres son droit de nomination.

De même que les habitants du faubourg, ancien
Chablis, jalousaient ceux de la ville basse groupés autour de Saint Martin, surtout après la construction des remparts au début du XV ème siècle, de même le pouvoir ecclésiastique séculier, qui dépendait de Langres, était-il en conflit fréquent avec les chanoines qui dépendaient de Tours. Au 18ème siècle, ceux-ci étaient jansénistes et le curé tenait pour Rome, quelque fois même contre l’opinion de son évêque.

L’ancien
presbytère était installé rue de Chichée dans la maison Dauvissat.

Lors de la révolution le chapitre fut dissous et le curé J.A Auban prêta serment.

En 1793 il faisait encore annoncer la messe par le tambour et fit le 8 septembre 1793 la procession de Saint Pierre à Saint Martin. Incarcéré en 1794 à Auxerre, il fut remis en
liberté l’année suivante et exerça de nouveau le culte à Chablis jusqu’à ce que celui-ci fut officiellement rétabli en 1802.
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Les documents manquent sur les origines de cet hôpital, mais on peut penser que dans le haut Moyen-Age il dépendait des Hospitaliers du Saint Esprit de Montpellier, car dés 1204 ceux-ci avaient un hôpital à Dijon avec huit commanderies dont l’une était installée à
Chablis.

Au 16ème siècle le prévôt nommait les administrateurs et on relève qu’au 17ème siècle ceux-ci se composaient du maire, du curé de Saint pierre, d’un chanoine de
la Collégiale, de deux échevins et d’un habitant. Des sœurs hospitalières étaient attachées au service des malades et un chapelain assurait le culte.

Les malades et les vieillards étaient installés de chaque côté de la grande salle, leurs lits séparés par des rideaux, comme à L’Hôtel-Dieu de Tonnerre et à celui de Beaune. La masse était dite dans la chapelle à l’abside de la salle. Une tenture la fermait dans la journée.

A la révolution l’Etat vendit la plupart des biens de l’hospice considéré comme un établissement religieux, et notamment les célèbres
vignes des Clos. La chapelle fut rouverte en 1806 et laïcisée en 1907 quand les dernières sœurs dominicaines de la Présentation de Tours en furent expulsées.
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Elle fut fondée au XII ème siècle par le chapitre de
Saint Martin qui assurait de ses nombreux revenus les charges d’assistance aux malheureux. Elle s’élevait assez loin de la ville dans le faubourg qui a conservé le nom de Maladière au bas des coteaux des Clos sur la route de
Tonnerre.

En 1225 le testament du roi Louis VIII prévoit un legs de 100 sols d’argent pour cet hospice.

Sa chapelle était dédiée à Saint Sébastien. En 1350 la nomination du maître donna lieu à un procès entre les habitants et la seigneurie et en 1605 cet établissement fut réuni à l’Hôtel-Dieu, puis démoli en 1708. On pouvait encore en voir quelques
vestiges au début de ce siècle.
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Nous consacrerons dans ce chapitre quelques lignes à un ermitage qui fut situé non loin de là, dans un replis entre les vignes des Clos et de Valmur auprès d’une source limpide e bienfaisante.

L’
Ermitage fut fondé au XII ème siècle au nom de sainte Vaubourg, ou Valburge, nièce de Sainte Boniface et abbesse du couvent de Heidenheim en Allemagne.

Elle mourut en 779 et ses reliques apportées en BOURGOGNE AU 9ème siècle y opérèrent des miracles. Il y avait encore au 17ème siècle une maison, une petite chapelle et quelques ermites dont on retrouve les noms dans les registres de l’Hôtel-Dieu.

L’Ermitage fut vendu en 1791 comme bien national avec
les vignes qui en dépendaient. Il ne reste plus trace de ces bâtiments, mais la source continue à couler toujours aussi fraîche. Seule une statue de la sainte a été sauvée.
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Les moines de Pontigny, au XII ème siècle, avaient fondé à
Chablis une Ecole sous le nom vocable de saint Edmond, où l’on enseignait la théologie, l’astronomie et les langues anciennes. Il était probablement installé dans la vieille ville, près du Petit Pontigny. La jeunesse y venait de Champagne comme de l’auxerrois et sa réputation grandissant dans le diocèse de Langres, son succès amena les moines à demander au de nouveaux professeurs au chapître de Tours. Au XV ème siècle, les
écoles dépendaient du prévôt et du chapître.

Au 17ème siècle, Monseigneur de langres nommait et surveillait le personnel du
collège de garçons.

C’est en 1663 que Nicolas Girault fonda l’école qui porta son nom : elle était rue de l’Ecole.

En 1709, l’évêque approuva à
Chablis, au lieu dit La Providence, la création d’une
école gratuite de filles et d’un orphelinat. Louis XIV confirma cet établissement sous le nom de filles de la croix de Chablis. Marie Soufflot, la plus célèbre d’entre ces religieuses, mourut en 1739 et la congrégation périclita.

Mais les Ursulines de Mussy-sur-Seine prirent la relève en 1768, gardèrent le nom de filles de la croix ou Providence, et le nombre d’enfants qu’elles instruisaient atteignit le chiffre de 200. C’est en 1796 que la mairie s’installa dans les locaux jusqu’en 1862. La gendarmerie lui succéda.
L’école de l’hospice installée en 1872 ne fut supprimée qu 'en 1883 et le théâtre la remplaça
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L’ancienne Cella de Saint Loup était devenue la troisième fille de Saint Martin de Tours et ce fut pendant le séjour à
Chablis de la congrégation tourangelle qu’elle organisa à la fois la vie spirituelle et l’administration temporelle.

Dés 1127 un Grand Prévôt avait à la fois la charge du monastère, la direction spirituelle du chapître et aussi la justice civile. Nous lisons en 1151 :
" La ville de
Chablis et tout son territoire dépend de Saint Martin de Tours. Tous les habitants, clercs, chevaliers ou autres doivent serment de fidélité au comte de Champagne. Le Prévost et son Maire peuvent seuls rendre la justice aux habitants de
Chablis qui appartiennent à Saint Martin. "

C’était donc une fonction importante et Jeanne, comtesse de Champagne, avant d’épouser le futur roi Philippe le Bel, ne se désintéressait pas de son titulaire. Elle avait fait nommer à ce poste successivement les deux petits-neveux du pape Urbain IV, originaire de Troyes, sous le nom de Pantaléon Courtpalais.

Ces neveux ont une histoire. L’un devint évêque et cardinal, et l’autre Chapelain de Boniface VIII et ministre sous le nom de Pandolphe de Sabelli. C’est lui qui en 1303 excita le peuple à Agnani, près de Rome, pour défendre le pape contre Nogaret, agent du roi Philippe le Bel qui venait pour l’arrêter.

Au moment de ses démêlés avec Miles VI, sire de Noyers, le Grand Prévôt de Chablis était le cardinal du Mont.

Lorsque Charles V récupéra en 1367 les anciens privilèges de la maison de Noyers, il installa à côté du prévôt seigneurial un prévôt royal. Pour éviter une lutte d’influence, il fut convenu que les deux juges fonctionneraient alternativement et que leurs sentences seraient toutes les deux entérinées par le Bailli de Villeneuve-le-Roi (actuellement Villeneuve-sur-Yonne). Il n’y eut plus qu’un
sceau commun comme nous le disons au chapitre traitant des advoués et le juge, gardien de ce sceau, s’appelait le Gardiator.

Tandis que le grand prévôt de Saint Martin avait toujours résidé dans la maison, aujourd’hui délabrée, situé au coin S-O de l’église, le prévôt royal habitait successivement les demeures suivantes : la Tour du Roy, la Commanderie près du pont, la maison du notaire Moreau près de la Porte Rabut, la cour Hachon, etc…

L’administration, à toute époque, tirait ses principales ressources de
la taxation des vins et des cabaretiers ; aussi n’est-il pas étonnant de trouver dans les archives de nombreux textes sur les bans de vins, les dîmes et leur paiement.
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Quand Jean sans Peur, duc de Bourgogne, prend les armes contre le roi en 1417, il envoie le sire Chastellux demander leur concours aux habitants de
Chablis. mais les Bourguignons sont battus et Chablis tombe au pouvoir des Armagnacs qui occupent ainsi Ligny, Maligny, Chitry, Avallon et ravagent tout l’auxerrois sous la conduite d’un fameux capitaine des routiers, Jacques d’Epailly, dit Fort-Epices.

Et les malheurs continuent à fondre sur notre pays. Après Crécy, Poitiers et Azincourt, les Anglais avaient encore battu le roi de France Charles VII à Cravant en 1423.
Chablis, qui avait chanté un te Deum d’actions de grâces pour la victoire de nos ennemis reçoit alors une garnison anglaise.

Le prévôt du chapître, Jean Vivien, grand personnage car il était aussi chanoine et chantre de la cathédrale Saint Germain d’Auxerre, résidait à Rome ; son absence laissa aux troupes d’occupation toute liberté pour exercer leurs exactions et leurs cruautés. Le duc de Warwick ne se privait pas, en 1425, d’exiger des échevins de tout le baillage convoqués par lui à Sens des sommes considérables pour son armée.

Au milieu de toutes ces tristesses apparaît Jeanne la Lorraine qui, venant de Vaucouleurs en février 1429, traverse miraculeusement en hiver tout notre pays dont pas une ville n’est pour le gentil dauphin. Elle et sa petite escorte passent la nuit au Prieuré saint Cosme, avant de repartir pour Auxerre prier dans sa cathédrale. De nouveau elle traverse Auxerre en route vers Chinon en allant à Reims et, après le sacre, force les Bourguignons à évacuer le Tonnerrois ; les troupes du roi reprennent
Chablis au Maréchal de Bourgogne André de Toulougeon, et la garnison, aidée des volontaires de la volle, fait de nombreuses et fructueuses expéditions contre les Anglo-Bourguignons jusqu’à ce que par
le traité d’Arras de 1435 Charles VII eut enfin reconquis son royaume.
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Chablis resta dévoué à Charles VII et à son fils Louis XI ; ce grand roi, fidèle à sa politique qui s’appuyait sur le Tiers-Etat contre les seigneurs, augmenta les privilèges de nos concitoyens aux dépends de ceux du chapître et de son prévôt.

Il avait envoyé à
chablis deux compagnies de la milice royale qui séjournèrent jusqu’à la mort de Charles le Téméraire ; aidées des garnisons de Joigny, Brienon et Seigneulay, elles menaient la vie dure aux habitants d’Auxerre, toujours fidèles au duc de Bourgogne, ne leur laissant cultiver ni leurs champs, ni leurs vignes. Cette lutte qui dévastait la plus belle province du royaume prit fin à la mort du duc en 1477.
Gutemberg avait inventé l’imprimerie à Mayence en 1436, mais la tyrannie des Nassau ayant chassé les imprimeurs allemands, le roi de France les accueillit à Paris en 1469, à Metz en 1471, Lyon en 1473 et Angers en 1477.

C’est le cinquième privilège d’imprimeur donné par louis XI que Pierre Lerouge, voyageant avec
ses presses, vint exercer à Chablis. Il appartenait à une grande famille d’imprimeurs dont plusieurs membres furent illustres dans les débuts de l’art typographique.

Venise avait vu un Jacques Lerouge arriver de Champagne et imprimer de 1472 à 1478 les œuvres des auteurs latins.

Pendant ce temps Pierre, frère présumé de Jacques, originaire de Chablis, faisait son apprentissage chez Ulrich Gerny à la Sorbonne en 1470, puis allait, avec l’appui du grand prévôt de Chablis, Jacques le breton, à Tours, où il achevait de s’instruire auprès des célèbres graveurs sur bois et
calligraphes de l’école de Touraine.

Revenu à
Chablis où il résidait dans une maison aujourd’hui démolie, de la rue de la collégiale, actuellement rue Eusèbe Beaujean, il imprime en 1478 le Livre des Bonnes Mœurs, que lui avait demandé l’évêque Jean Baillet et dont deux exemplaires figurent à la Bibliothèque de cette ville.

Pierre Lerouge va ensuite travailler à Paris car les livres n’étaient pas de vente facile et l’artiste devait solliciter les commandes. C’est ainsi qu’il exécuta des œuvres remarquables :
1488 : La Mère des Histoires1491 : Les Heures de la Vierge
1492 : L’Art de Bien Vivre, etc.

Jéhan Lerouge à son tour
imprime à Chablis : 1481-83 : Les Chartes d’Auxerre.

Puis guillaume, fils de Pierre, donne à Chablis aussi : 1489 : Les Expositions des Evangiles, sermons en français de l’évêque Maurice de Sully, avant de continuer à travailler à Troyes, puis à Paris.
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Nous voyons alors fleurir à
Chablis les lettres et les arts et ce fut la période la plus prospère de notre cité, qui comptait 4 000 habitants. C’est à cette époque que la présence de Guillaume Budé, l’helléniste fondateur du Collège de France, est signalée à Chablis.

Les échevins organisent les finances, amodient
les vignes et les près municipaux et établissent des octrois aux trois Portes de la ville. Le chapître abandonne le ban du vin, et le droit de pinte de un sol par litre est levé sur les taverniers et les cabaretiers.

Une horloge orne le clocher de Saint Martin en 1485. De nouvelles maisons canoniales s’élèvent dans la ville basse, et c’est de cette époque que datent les belles cheminées.
Le vin de Chablis est célèbre à la Cour et à la Ville : les habitants demandent la mise en navigabilité de la rivière du Serein, de leur ville jusqu’à l’Yonne, et ce projet fut très prêt d’aboutir. Un nouveau cadastre (terrier) dressé en 1537 par le géomètre de Villeneuve-le-Roi contient 700 propriétaires contre 450 en 1328.

Sous Henri II une nouvelle rédaction des us et coutumes de la région fut décidée par les députés réunis à Sens, mais le procureur du chapître, Mauroy, qui représentait aussi
les habitants de Chablis, Courgis et Chichée contre les prétentions du procureur du Roi, ne parvint pas à éviter de nouvelles taxes sur les ventes.
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L’influence du chapître de Saint Martin empêcha la réforme de faire de nombreux adeptes dans notre cité, tandis que bien des villes autour embrassaient la nouvelle religion.

Les sept mille Luthériens amenés en renfort d’Allemagne au prince de Condé par Dandelot en 1562 pour l’attaque d’Orléans avaient brûlé
Préhy mais étaient passés au pied de nos remparts sans oser s’en prendre à la ville. Cependant, à l’automne 1567, alors que Condé attaquait Paris, les chefs protestants avaient enlevé Auxerre et tous les gens d’église s’égaillèrent dans la contrée.

Le
succès des protestants à Paris augmenta leur ardeur contre les garnisons royales et en février 1568 une nuée de pillards se jeta sur l’Abbaye de Pontigny.

Prévoyant depuis longtemps
une attaque subite, les religieux avaient mis le corps de Saint Edme à l’abri dans saint Florentin. Ils s’enfuirent donc avec le reste de leurs
trésors à Chablis, où ils furent recueillis dans leur propre domaine du faubourg Saint Pierre.

Leur arrivée inopinée donna l’alarme et tous les hommes en état de porter les armes - soit environ 900 – se portèrent aux remparts. Les quelques pièces d’artillerie furent mises en batterie, un mortier à la Porte Rabut (route d’Auxerre), deux fauconniers à la Porte Noël, deux autres devant le pont et le dernier à la poterne Saint Laurent.
Les vignerons du faubourg défendirent leurs vieux remparts, mais les chefs calvinistes de présentant avec plusieurs compagnies pratiquèrent sans peine une brèche près de Saint Pierre et envahirent le faubourg dont
les murailles étaient trop étendues et mal défendues.

Pour la ville basse l’affaire fut plus dure : après trois jours d’essais infructueux,
l’assaut en masse fut ordonné contre la poterne Saint Laurent et malgré la défense acharnée des chablisiens, le flot des assiégeants pénétra là aussi dans les rues.

Du 25 au 28 février 1568
les scènes de pillage les plus horribles se déroulèrent dans nos murs. A Saint Martin, les chanoines furent massacrés, la châsse de saint Epain et les titres et les archives brûlés et seules une rançon de 4 000 livres versée à Sarrazin, le chef huguenot, évita l’incendie de la ville basse. L’arrivée tardive des troupes royalistes décida les vainqueurs à se replier à Courgis.

La paix de Longjumeau signée quelques jours après, le 2 mars 1568, donna aux habitants l’
espoir de voir venir la tranquillité, mais le faubourg n’était qu’un monceau de ruines.

Tout le Petit Pontigny
était brûlé, y compris le pressoir et l’on peut estimer que les trois quarts de l’ancien faubourg qui s’étendait alors au-delà de Saint Pierre ne fut jamais reconstruit.

Henri III envoya une garnison dans la ville basse, mais la paix était loin de régner dans notre pays. Les violences et les atrocités de part et d’autre avaient été trop vives pour que le calme et l’oubli puissent se faire encore.

La Ligue, nouvelle source de discorde, faisait des adeptes.
Chablis y adhéra en 1578 et ce ne fut qu’en juillet 1594, un an après la montée sur le trône de France du roi Henri IV, que le grand prévôt lui envoya ses lettres de soumission.
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Pendant la Ligue une
escarmouche eut lieu sous les murs de la ville à laquelle les habitants ne prirent aucune part.

Le duc de guise séjournant à Auxerre en mars 1593 avec quelques troupes mais sans artillerie, voulait aller à Troyes en passant par Saint Florentin.

Le Duc de Nevers, du parti du roi, était à Chaource et résolut de lui barrer la route d’autant plus que Tonnerre avait décidé de se défendre contre Guise.

Comme Guise ne tenait pas à combattre, il changea d’itinéraire et
dirigea ses troupes sur Chablis. Notre ville était du parti de la Ligue et occupée par M. de Cessac avec 16 hommes armés et autant d’arquebusiers à cheval.

Nevers prévenu quitte Chaource pour Dyé où il arrive le 2 avril et lance de suite ses éclaireurs sur Chablis. Au reçu de leur rapport il décide l’attaque pour le lendemain. Il emmène avec lui 1200 hommes à pied, 700 cuirassiers et 300 arquebusiers à cheval et arrive sur la hauteur des Clos à deux heures de l’après-midi espérant profiter de sa position dominante quand Guise attaquerait.

Mais ce dernier, après avoir rassemblé sa cavalerie cantonnée dans les villages, ne porte qu’un escadron sur la rive droite et laisse son infanterie derrière les murailles à l’abri du Serein.

Le lendemain, à 10 heures, Nevers se décide au
combat et range ses troupes dans la plaine de la
Maladière. A l’aile droite le comte de Tonnerre avec un fort détachement de cuirassiers venus de Chaource ; il se place au centre avec M. de Luxembourg et met à sa gauche le Régiment de Champagne, deux couleuvrines et deux compagnies du baron d’Aix qui, parties de Mussy le 31 mars, venaient de le rejoindre par Riceys et Tanlay.

Il attaque si rudement que la cavalerie de Guise doit repasser l’eau et rentre dans le faubourg poursuivie par le tir des couleuvrines. Certains projectiles atteignent les cavaliers d’escorte du
Duc de Guise qui se met à l’abri derrière les murailles, tandis que Nevers déloge les arquebusiers masqués par les saules le long de la rivière.

Il était déjà cinq heures et Nevers n’ayant aucun matériel pour
entreprendre le siège, se contente, en guise d’adieu, d’envoyer une décharge d’artillerie à toute volée sur la ville, puis reprend la route de Dyé. Quant à Guise, il laisse son infanterie à Chablis et ramène sa cavalerie à Auxerre.

Aucun des deux chefs ne désirait réellement poursuivre le combat et du reste la Ligue n’avait plus longtemps à survivre.
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Premier patron du village de
Chablis au haut Moyen-Age, Saint Loup était non pas le vainqueur d’Attila devant Troyes, mais l’évêque de Sens, le fervent de Sainte Colombe, le Saint Leu célèbre d’Ile de France.

Puis ce fut Saint Pierre pour la paroisse, et pour la Collégiale, Saint Martin, le grand protecteur des Gaules, celui à qui sont dédiées plus de quatre mille paroisses ou chapelles à travers toute l’europe.

A côté d'eux, si modeste qu’il est presque ignoré de nos contemporains, Saint Epain est cependant le
second patron de la Collégiale de Chablis.

C’était un Goth du nom d’Hispanus, venu en Touraine au temps de Saint Martin et qui subit le martyr au 4ème siècle au lieu-dit Puits-de-Treille. Le village voisin (1700 habitants) sur la route de Tours à Chinon, s’appelle Saint Epain et c’est
Chablis qui lui envoya au XIX ème siècle la relique qu’il possède de son patron.

En même temps que celui de Saint Martin, le corps de Saint Epain fut amené de Touraine à
Chablis et y resta. Plusieurs documents de 1290, 1400 et 1509 nous le confirment. Ses reliques furent dispersées en 1568 (" une fort belle châsse d’argent dans laquelle estoient les reliquaires Saint Espain avec un beau vase d’argent dans lequel estoit le chef de Saint Espain " (arch. De l’Yonne, G. 2300.), mais notre église a pu en conserver quelques parcelles qui provoquèrent en 1670 un miracle (résurrection d’un nouveau-né) attesté par les minutes du greffe de la prévôté royale de
Chablis.
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Le déclin de la plupart des abbayes de France commence au XVI ème siècle avec l’institution par
François 1er du régime de la commande qui plaçait les revenus des abbayes entre les mains de laïcs n’ayant cure du spirituel et ne cherchant qu’à se procurer le maximum de ressources.

A
Chablis, l’obédience vis-à-vis de Tours, dans laquelle vivait le chapître, retarda sa décadence. Lors de sa fondation les chanoines vivaient en commun, suivaient la règle que leur avait donnée l’abbé de Tours et chantaient les offices aux heures fixes.

D’après une inspection faite en 1677 par Leloyer, grand dignitaire du chapître de Tours, le chapître de
Chablis se composait de onze chanoines (y compris le chantre) qui possédaient un revenu et 18 chapelains bénéficiaires desservant les chapelles fondées à la Collégiale. En outre, bedeaux, marguilliers, sonneur et enfants de cœur étaient gens de Saint Martin.

Avec le temps le relâchement apparut dans le règlement et d’abord les chanoines s’affranchirent de la gêne de la vie en commun. Ils se firent construire des maisons canoniales dans le quartier
de la collégiale. Il n’était pas nécessaire d’être prêtre pour être chanoine, mais qui ne l’était pas n’avait pas " voix au chapître ". cependant presque tous étaient dans les ordres et beaucoup avaient une cure dans les environs.

A la fin du XVII ème siècle les plaintes se font plus fréquentes contre la tenue de certains chanoines et aussi les réprimandes venant de Tours. Il faut cependant reconnaître que, s’il y eut de mauvais chanoines, il y en eut d’autres qui gardèrent une vie parfaitement digne jusqu’à la dispersion du chapître à la révolution.
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Les théories du
théologien hollandais Jansénius (mort en 1638) sur la grâce, le libre arbitre et la prédestination avaient été condamnées par Rome dés 1642, mais les résistances des solidaires de Port-Royal, la verve de Pascal, le soutien du parlement avaient troublé bien des esprits jusqu’à
la signature de la paix de l’Eglise en 1669. Malheureusement la lutte se ranima et devint encore plus violente au XVIII ème siècle quand Rome condamna en 1713 par la bulle Unigenitus les ouvrages du théologien P. Quesnel.

Plusieurs évêques " en appelèrent " au concile contre la bulle, tandis que les
jésuites défendaient Rome.

A la même époque le scandale des convulsionnaires du cimetière Saint Médard, à Paris, sur la tombe du diacre Paris, ajouta à la confusion des esprits et cette agitation dura tout le long du XVIII ème siècle, laissant des traces profondes dans le clergé chablisien. En avril 1719, la chapître de Saint Martin au complet refuse d’accepter la bulle.

En septembre 1730, on arrête à Paris
le chanoine Jean Joseph Grillot, du chapître de Chablis, qui travaillait à l’édition de livres de piété. Il est conduit à la Bastille, condamné au carcan en place de Genève comme "imprimeur d’écrits prohibés" et exilé dans le diocèse de Limoges. Il vécut ensuite en Holland et vint pieusement mourir à
Chablis en 1765.

En mars 1734 une convulsionnaire, la femme du sieur Lopin, greffier de la prévôté de Chablis, est arrêtée et emprisonnée à Tonnerre au grand
scandale de nombreux dévots qui viennent la visiter dans sa prison.

Le curé de Chablis de 1731 à 1763, l’abbé Maldan, par contre, avait accepté la bulle ; il fut en butte durant tout son ministère à la haine des
jansénistes et aux tracasseries de son évêque de Langres.
C’était lui qui avait fait relever le clocher de Saint Pierre.

Au XIX ème siècle l’abbé Pierre Célestin Duban, qui fut curé de 1869 à 1896, était un ardent janséniste.
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Au milieu du XVII ème siècle, une grande contestation s’éleva entre deux puissances rivales.
Le chevalier de Chessimont, possesseur Engagiste du fief, disputa au chapître de l’église Saint Martin la propriété d’un grand nombre de droits et privilèges seigneuriaux.

Un procès qui dura douze ans s’engagea devant le parlement.
Le maire et les échevins firent cause commune avec le chapître et bien qu'une partie de la population de fût rangée du côté du seigneur, celui-ci fut finalement débouté et ruiné.

C'était un fils de braves vignerons de
Chablis, Jean Louis Charles Chamon, dit de Chessimont, qui avait fait fortune aux Iles, comme on appelait les Antilles à l'époque. Revenu en France à trente ans, beau garçon, courtisan distingué, il se fit bientôt remarquer à la Cour et la marquise de Pompadour le nomma capitaine-.lieutenant des fauconniers du roi avec résidence à Versailles. Il acheta en 1741 à Mlle de Charolais pour 1200 Louis le "Domaine" de Chablis qui avait appartenu à la maison de Condé.

Mais les droits et privilèges que le prince de Condé avait achetés en 1641 n'étaient plus ceux dont jouissait le seigneur Anséric de Montréal, premier advoué de
Chablis au X ème siècle ! Le jeune prétentieux se crut pourtant tout permis.

Il empêcha de chasser et de pêcher sur tout le territoire de la commune, fit rosser les paysans par ses gens et finalement interdit au chapître de Saint Martin de rendre la
justice.

La collégiale et la Municipalité se liguèrent contre
l'intrus ; l'échevin Rathier, délégué par la ville, et le doyen du chapître vinrent trouver le roi. Le parlement fut saisi. La Pompadour appuya Chamon et le procès dura douze ans, mais à la fin justice fut rendue et le courtisan condamné aux frais et à 24000 livres de dommages et intérêts.
Ruiné, il vendit son domaine à M. de Villiers, dont le fils le céda à M. de la Marche et lui-même au prince de Conti. De sorte que le "Domaine" de
Chablis, acheté par un prince de sang en 1641, était de nouveau propriété d'un grand seigneur quand la Révolution éclata.
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Déjà le 15 février 1789, les habitants s'étaient associés avec enthousiasme à l'adresse que le Tiers du Baillage de
Sens avait envoyée au Roi pour défendre Necker, l'ami du peuple, contre ses ennemis.

"Quand le grand drame social eut libéré chablis de toutes ses obligations féodales", comme l'écrit Duband, la Ville crée sa nouvelle organisation : garde civile, conseil municipal, tribunal local et c'est dans l'euphorie générale que le 14 juillet 1790, le curé Auban et tous les chanoines de la Collégiale prêtent serment sur l'autel de la patrie élevé au milieu du chœur de Saint Martin.

Les années 1790 et 1791 furent calmes.

Le 19 janvier 1791 l'Etat avait vendu en bloc à la commune, pour 161 717 livres, l'ensemble des Biens Nationaux dont les principaux étaient : Saint Cosme, le Petit Pontigny et la maison Depaquit, les Moulins de la Ville, la ferme du chapître, l'Obédiencerie et son pressoir, la Prévôté, l'Auditoire, la Commanderie, etc…

Parmi les nobles, MM. De Villeroy et Chamon de Chessimont avaient été tués à Paris lors des journées du 10 août 1790. Les autres furent déclarés suspects : MM. Depaquit, ancien moine, Rocquette et de Cheron, garde du corps du Comte d'Artois. Mais, après enquête tous les trois furent reconnus non suspects et partisans de la Révolution. Le général de Béru, qui avait commandé la division de Lille à l'armée du Nord, fut suspendu en 1793 ; il mourut à
Chablis en 1814
Les habitants n'étaient pas des adeptes bien ardents des idées nouvelles et il n'y eut à Chablis aucune victime au cours de cette période agitée ; seules les fondations religieuses et les monuments eurent à souffrir du changement de régime. C'est plutôt d'Auxerre que vinrent à plusieurs reprises les instructions de l'administration départementale pour stimuler le zèle des
chablisiens à exécuter les lois révolutionnaires.

Devant l'hostilité des habitants les inventaires des objets du culte ne purent se faire que grâce à la présence de la troupe venue d'Auxerre.
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En 1793, pour activer l'ardeur de l'Assemblée Municipale, jugée trop tiède, certains habitants fondent une société locale, la Société Populaire, dont les séances se tenaient dans la chapelle de la Providence. L'un de ses premiers actes fut de briser le blason en cuivre du chapître de Saint Martin et les anciennes stalles gothiques des chanoines. Puis on martela les signes héraldiques des blasons des façades, on supprima les statues de saints dans les niches au coin des rues et on abattit les croix des carrefours. La société s'occupa ensuite de célébrer le culte de la Déesse raison dans l'église Saint Martin et la demoiselle Agathe Leblanc de Sombreval, âgée de 19 ans, en fut la personnification pendant un an.
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Un
décret de la convention de 1793 décide que Saint Martin reste seule église paroissiale et que Saint Pierre sera vendue comme Bien National et démolie ; mais la population du faubourg proteste avec la plus grande énergie. Ce n'est pas par opposition politique au Gouvernement, mais par attachement des habitants à leur église et par suite de la vieille rivalité entre le faubourg (ou ville haute) et son clergé paroissial contre la ville basse et ses chanoines de Saint Martin.

Le 19 avril 1794 se place un incident burlesque de cette période tragique. Le
représentant du peuple, Maure, ci-devant épicier à Auxerre, vint de Paris en tournée d'inspection dans l'Yonne. Il est reçu à Chablis par le comité de salut public qui lui offre un somptueux banquet, tandis qu'à l'époque sévissait la famine. Aussi, le lendemain, quand il se présenta à cheval sur la place publique dans son superbe costume de conventionnel en tournée, fut-il hué par la foule qui lui cria : "
Mort à Maure", et l'obligea à fuir vers Tonnerre sous les pierres qu'on lui lançait. Aux excuses que lui adressa le comité, il répondit qu'un représentant ne se vengeait pas des injures dues à un excès de vin…

En 1795 une
nouvelle pétition envoyée au Directoire pour demander la réouverture de Saint Pierre est rejetée par Paris. Auxerre, en octobre 1797, signe un décret pour suspendre tous les agents de l'administration de chablis taxés en bloc de "modérantisme".

En 1799,
le citoyen Depaquit, qui était l'adjudicataire des travaux de démolition de Saint Pierre, ne peut les exécuter en présence des menaces dont il est l'objet. Il y eut même des blessés graves chez les officiers municipaux lors d'une tentative pour commencer cette démolition et les femmes furent les plus ardentes à la bagarre.

Cependant, le chœur fut abattu et la chapelle du rosaire rasée, mais cette triste besogne ne fut jamais achevée. Un groupe de dix-sept habitants, à la tête duquel était Edme Bègue, se porta acheteur de ce qui subsiste actuellement.
En 1808, après le concordat, le culte fut de nouveau autorisé dans ce qui restait de l'édifice.
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Le 15 novembre 1870 un détachement d'avant-garde de 22 uhlans allemands, après s'être copieusement restaurés à
Tonnerre, poussèrent une pointe jusqu'à Chablis.

Il réclamèrent le maire, M. Rathier, à son domicile, puis l'ayant trouvé à la mairie, tirèrent sur lui sans le blesser et s'engagèrent au galop à travers la Porte Noël dans la rue des cordonniers, et continuèrent rue des Moulins.

Ils essuyèrent le feu de quelques habitants embusqués derrière leurs volets : deux d'entre eux roulèrent à terre, le chef de détachement fut tué et les autres, affolés, retournèrent à
Tonnerre.

Après avoir enterré le uhlan, la population fort inquiète se demandait quel allait être son sort, quand le surlendemain une importante colonne de troupes s'arrête sur la route de Tonnerre, mit en batterie quelques canons sur les Clos et son commandant vint prendre comme otages responsables le Maire, le curé P.C Duban, MM. Depaquit et Charles Pic.

Puis la colonne déjeuna sur la place aux frais des habitants et continua ensuite sa marche vers
Maligny ; mais, trouvant des tranchées qui coupaient la route au Moulin des Croix, elle prit le chemin de la Preuse et canonna au passage les hauteurs de Beauroy où elle avait cru voir
des soldats français.

Pendant ce temps les notables rassemblaient
la rançon de 40 000 F. exigée et rejoignaient les prussiens à Joigny, d'où ils ramenaient à Chablis les otages dont ils avaient obtenu la libération.
Chablis se tira sans plus de mal de ce mauvais pas.
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Notre cité, comme toutes celles ayant été longtemps
entourées de murailles, possède encore beaucoup de petites maisons resserrées et des rues étroites dont les Municipalités successives se sont efforcées d'améliorer les conditions d'hygiène.

En 1781, la Ville avait autorisé M. de Villeroy, Procureur du Roy, à mettre sur toutes les maisons les numéros du cadastre de 1 à 699. C'est le peintre Guilleminot qui exécuta ce travail en chiffres noirs sur fond blanc : le numérotage commençait et finissait place du Marché.

En 1836 on inscrivit les noms des rues à chaque coin et les maisons furent numérotées pour chaque rue avec chiffres rouges sur fond jaune.
Le maire Poullain donna à différentes promenades, et notamment à celles qui avaient été édifiées sur les glacis des anciens fossés, les noms des hommes célèbres de l'époque : boulevards Foy, J.J Rousseau, Lamarque, quais Voltaire et Paul-Louis Courrier. Il en profita
pour changer d'anciens noms :

La place de la mission en place Lafayette ; l'avenue du Pâtis en avenue de Juillet ; le chemin Saint-Sébastien en faubourg Maladière, etc…

En 1886 la construction du
chemin de fer départemental de Laroche à l'Isle-Angély, dont la gare de Chablis abritait les services principaux d'exploitation, modifia en l'améliorant l'urbanisme de cette partie de la Ville qui s'appela le quartier de la gare. Les travaux de terrassement mirent à jour des haches en silex, des statuettes de dieux lares et les restes d'un foyer.

Le remplacement en 1895 de l'ancien éclairage des rues au pétrole par l'éclairage électrique fut également un progrès fort utile.

Sous l'impulsion du maire Jules Folliot, la ville acheta en 1897 la source dite de l'Etang à la commune de Fleys et la pose des canalisations d'eau amena une complète transformation de la cité.

Les anciens puits communaux aux coins des places, les caniveaux au milieu des rues disparurent tandis qu'on installait des bornes fontaines décorées aux armes de la Ville et qu'on refaisait partout des trottoirs. Les travaux furent terminés en 1903 et la ville gagna en salubrité ce qu'elle avait perdu en pittoresque.

Puis vint l'époque de
la lutte religieuse et en 1907 le Conseil débaptisa tous les noms qui rappelaient encore la religion ou l'ancien temps. C'est ainsi que les noms des principales rues furent changés :

Cloître saint Martin en Etienne Dolet ; Saint Martin en Eusèbe Beaujean ; Saint Epain en Chevalier de la Barre ; Saint Laurent en Rampont Lechin ; Saint Vincent en Marat ; de la Tour du Roy en Renan ; du Donjon en Jules Philippe ; Royale en Victor Hugo, etc…

On retrouve encore heureusement quelques noms anciens tels rue des orfèvres (aujourd'hui. Jean Lerouge) et rue des argentiers, toutes deux près de Saint Pierre, qui sont une preuve, comme la rue des Tanneries à Reugny, qu'autrefois le centre de notre ville était un faubourg et qu'elle y possédait une activité industrielle importante.
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Le
monument aux morts fut élevé en 1922 devant l'Hôtel de Ville. Il porte soixante-dix-huit noms de nos concitoyens tombés durant la Grande Guerre, auxquels s'ajoutent huit noms de 1870 et cinq de 1940-44, officiers, ingénieurs, avocats, vignerons.

On leur avait dit à tous qu'ils combattaient pour
le droit et la liberté. Cinquante ans après, quand l'Europe est en train de se faire, leur mort nous enseigne qu'un peuple ne pourra survivre aux dangers qui le menaceront toujours qu'à condition de se dépasser.

Autrefois, Ligueurs et Protestants, hier cléricaux et laïques, ces oppositions deviennent très vite désuètes ; seul reste le courage de cultiver
un idéal commun et d'aller pour lui jusqu'au sacrifice suprême. Que peut dire d'autre à nos enfants le poilu sculpté par Cladel ?
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Il faudrait remonter à février 1568, quand les huguenots
brûlaient Chablis, pour retrouver dans les annales locales un désastre semblable à celui de juin 1940.

Les Allemands avançaient rapidement à travers la France et nos troupes reculaient entraînant tous les réfugiés du Nord et de l'Est. Depuis plusieurs jours déjà la Route Nationale 65 de Neufchâteau à Bonny-sur-Loire, par Tonnerre et Auxerre, voyait l'exode des populations fuyant l'envahisseur

Le 15 juin au matin,
un convoi venant de Maligny s'était immobilisé pour laisser le libre passage du pont à une colonne de la 35ème division d'infanterie qui s'écoulait à travers la ville, troupes harassées mêlées à des civils, canons et camions, chevaux et charrettes chargées de mobilier et de linge.

A huit heures un avion était passé survolant d'assez bas la route et ses ponts sur les rivières successives, l'Armançon, le Serein, l'Yonne et la Loire, quand, à 11heurs, paraît une escadrille de 17 avions venant de Tonnerre : ils piquent sur
Chablis, lancent leur cargaison de bombes, petites et grosses et mitraillent tout ce qui circule sur la route ainsi qu'aux portes vers Auxerre et Avallon.

La
tragédie ne dure pas dix minutes, mais les résultats en sont effrayants.

Les
premières bombes coupent l'arche rive droite du pont et sèment la mort dans la foule des gens qui se pressent à l'entrée, les autres balayent la place du Marché et font un vrai carnage devant les magasins de la ville à l'heure des achats.

L'école maternelle, heureusement vide, est écrasées, la gare et le cimetière ne sont pas épargnés : 80 bombes lancées sur notre cité font 90 victimes tant civiles que militaires dont 20 ne purent jamais être identifiées.

101 maisons sont ou complètement détruites ou brûlées et 146 partiellement.

Les
incendies s'allument en tous points et couvrent immédiatement la ville d'une épaisse fumée tandis que les habitants affolés se précipitent dans les caves où plusieurs trouvent la mort.

En fin d'après-midi les Allemands venant de Poinchy et de Maligny et précédés de leurs chars qui tirent des obus,
entrent dans Chablis en mitraillant et lançant des grenades.

Le lendemain, pendant que les vainqueurs
pillaient les magasins d'alimentation et d'habillement, les survivants, jeunes et vieux, restés sur place s'efforçaient d'éteindre avec leurs faibles moyens les foyers d'incendie. Mais la conduite principale d'amenée d'eau de la ville avait été crevée près du pont, les pompiers étaient partis ou blessés, les villes voisines de Tonnerre et d'Auxerre (elles-mêmes bombardées et incendiées) ne pouvaient envoyer de secours. Il fallait faire la chaîne depuis la rivière et l'on put voir le désolant spectacle de certaines maisons brûlant pendant cinq jours sans parvenir à éteindre le fléau.
L'absence d'eau potable, le manque de ravitaillement ajoutèrent au malheur de la population occupée à enterrer les morts et à soigner les blessés.

Le centre de la ville basse avait beaucoup souffert et de précieux souvenirs historiques et archéologiques avaient disparu. Parmi eux, citons l'un des fours banaux avec sa voûte ogivale, des vieilles maisons du XV ème siècle qui avaient échappé à l'incendie de février 1568, des fenêtres sculptées et des niches de statues.

Pendant les jours suivants l'arrivée des Allemands, des groupes de soldats français prisonniers, que l'on acheminait vers les camps, furent enfermés à plusieurs reprises dans l'église Saint Martin pour y passer la nuit, tandis que leurs gardiens logeaient chez le notaire voisin.
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Après le débarquement allié de juin 1944, les mouvements de troupes allemandes s'intensifient et
Chablis voit passer pendant des jours les unités blindées de deux divisions de S.S. qui vont sur le front de Normandie. D'autre part les effectifs de la Résistance grossissent et font en ville des apparitions de plus en plus fréquentes pour chercher du ravitaillement.

Mais
les événements se précipitent : l'hôpital d'Auxerre est évacué. Les convois de blessés regagnent l'Allemagne suivis par des colonnes de munitions, tout ce repli s'effectuant de nuit pour éviter les avions alliés

Le 23 août, vers 16 heures, un convoi passe
en direction de Tonnerre, des résistants embusqués dans les rues tirent sur lui : le dernier camion lourdement chargé dont le chauffeur perd le contrôle tombe dans les décombres de 1940, sur la place, quatre soldats sont tués, quatre blessés et les autres rebroussent chemin vers Auxerre.

Ils retrouvent la nuit venue le convoi suivant qui, hésitant à traverser la ville après cette agression, met en batterie trois pièces de canon à la laiterie, un 77, un obusier et un canon antichar. La ville reçoit de petits projectiles de tous côtés sans que les dégâts soient bien sérieux. Vers minuit le tir cesse car le mortier a éclaté, tuent quatre servants et en blessant trois autres.

De plus un orage épouvantable se déchaîne sur les combattants qui se décident à
traverser la ville en lançant des grenades et mitraillant les rues transversales pendant que les habitants se réfugient dans les caves.

Le surlendemain la compagnie Rouget-de-l'Isle -, de la Résistance,
occupe Chablis, annonce la libération et invite la population à pavoiser. Enfin, le 26 août, les premières troupes américaines sont en vue, arrivant de Maligny et reçoivent l'accueil que l'on devine après nos quatre tristes années d'occupation.